Les cauchemars ne sont pas un échec du sommeil. Ils sont un signal, et la question est de savoir ce qu'ils signalent. La réponse de Freud a été la plus influente du siècle dernier, elle mérite donc le premier mot. Puis deux traditions plus anciennes la compliquent.
Ce que Freud a réellement dit
L'Interprétation des rêves de Freud, publiée en 1900, partait d'une prémisse d'une simplicité trompeuse : tout rêve est un souhait déguisé. Un cauchemar était donc un paradoxe. Comment un souhait pouvait-il porter le visage de la terreur ?
Sa réponse était que le souhait en question était un souhait que le rêveur ne pouvait pas accepter éveillé. Le matériel refoulé, souvent sexuel ou agressif, remontait pendant le sommeil tandis que la censure de l'esprit le déformait au point de le rendre méconnaissable. Le contenu manifeste, le cauchemar tel qu'on s'en souvient, était un compromis. Le souhait était là, mais si bien déguisé que sa forme véritable restait cachée.
Freud appelait condensation et déplacement la machinerie de ce déguisement. La condensation comprime plusieurs idées chargées en une seule image. Le déplacement fait basculer le poids émotionnel sur quelque chose d'apparemment trivial. Un cauchemar, dans cette vision, est un souhait tellement retravaillé que seul son angoisse remonte à la surface.
Ce n'est pas une lecture prédictive. La méthode de Freud regardait en arrière, vers l'histoire du rêveur, et non vers l'avenir pour savoir ce qui allait arriver. Il a évoqué Artémidore dans son survol initial des auteurs antérieurs, lui reconnaissant le mérite de prendre les rêves au sérieux comme objets d'interprétation, tout en jugeant sa méthode non systématique.
Aujourd'hui, Freud semble parfois faux. L'idée que tout rêve est un souhait n'est plus défendue par la plupart des chercheurs, et le symbolisme sexuel qu'il trouvait partout ressemble davantage à un produit de son époque qu'à une loi de l'esprit. Ce qui survit, c'est son intuition centrale : un cauchemar n'est pas du bruit. C'est un message à propos de quelque chose que le rêveur ne peut pas facilement dire à la lumière du jour.
Artémidore : le cauchemar comme question de circonstance
Artémidore de Daldis, écrivant au IIe siècle dans l'Empire romain, adopta une approche différente. Il fut ce que l'antiquité a produit de plus proche d'un chercheur de terrain des rêves. L'*Oneirocritica*, son manuel en cinq livres, repose sur des cas concrets et sur une règle méthodologique ferme : le même rêve signifie des choses différentes pour des personnes différentes.
La distinction qu'il établissait était entre l'*oneiros*, un rêve porteur de sens sur ce qui va advenir, et l'*enhypnion*, un rêve qui reflète simplement l'état présent du rêveur. Rêver de nourriture quand on a faim était un enhypnion, un écho direct du corps, et non une prophétie. La même logique s'appliquait aux rêves terrifiants. Un cauchemar de noyade signifiait une chose pour un marin, dont la subsistance dépendait de la mer, et une autre pour un agriculteur, pour qui l'eau était une question de survie des cultures.
Pour Artémidore, la signification du cauchemar était situationnelle. Elle dépendait du métier, du statut, de la santé et des circonstances du rêveur. Un magistrat qui rêvait de tomber de haut recevait un message sur la précarité de sa charge. Un esclave faisant le même rêve recevait un message sur sa condition réelle. Aucune des deux lectures n'était transférable.
C'est l'opposé de l'approche du dictionnaire des rêves, où une image a une signification fixe. Artémidore aurait trouvé cela absurde. Dans sa méthode, le cauchemar est une invitation à examiner sa propre vie plutôt qu'un présage universel. Sa terreur n'était pas un dysfonctionnement mais une particularité qui attirait l'attention sur quelque chose de précis.
La tradition d'Ibn Sirin : l'interprétation comme analogie, non comme certitude
À Bassorah, au VIIe et au début du VIIIe siècle, sous les Omeyyades, Ibn Sirin était connu comme juriste et traditionniste, un tabi'i de la génération qui suivit les compagnons du Prophète. La tradition de ta'bir associée à son nom est prudente et conditionnelle. De nombreux ouvrages circulant sous son nom furent compilés plus tard, c'est pourquoi les spécialistes parlent de « tradition associée à Ibn Sirin » plutôt que d'attribuer l'œuvre à sa propre main.
Cette tradition soutient que l'interprétation est analogie, non connaissance de l'invisible. Un symbole est lu à travers ce à quoi il ressemble dans le monde moral et social du rêveur. L'eau peut être lue comme miséricorde, mais la lecture dépendait de l'état de l'eau, de la relation du rêveur à celle-ci et de l'état du rêveur lui-même. Eau claire et eau trouble n'étaient pas le même symbole.
Dans cette tradition, les cauchemars n'étaient pas rejetés comme dénués de sens. Ils étaient traités comme matière à réflexion attentive, avec la réserve que l'interprète pouvait se tromper. Le caractère du rêveur importait. Le rêve d'une personne juste n'était pas pesé de la même manière que celui d'une personne malhonnête, et l'interprète devait savoir faire la différence.
C'est un contraste frappant avec Freud. Là où Freud lisait le cauchemar comme un souhait déguisé venant du passé, la tradition d'Ibn Sirin le lisait comme une condition morale présente. Là où Artémidore le lisait comme une fonction du métier et du statut, cette tradition le lisait comme une fonction de l'âme. Tous trois partageaient une hypothèse : le cauchemar n'est pas aléatoire.
Ce que le désaccord révèle
Il n'existe pas de synthèse qui honore les trois. Le cauchemar de Freud est rétrospectif, un souhait déguisé issu de la petite enfance. Celui d'Artémidore est situationnel, un commentaire sur la place actuelle du rêveur dans le monde. Celui de la tradition d'Ibn Sirin est moral, un miroir tendu à la conduite du rêveur. Chacun pose une question différente au même rêve.
Freud demande : qu'ai-je refusé d'apprendre sur moi-même ? Artémidore demande : qu'est-ce que j'ignore dans ma situation ? La tradition d'Ibn Sirin demande : qu'est-ce que ma condition exige que je prenne en compte ? Une femme qui rêve d'être poursuivie pourrait recevoir trois lectures différentes, et chacune pourrait être utile.
C'est pourquoi une entrée de dictionnaire des rêves, une signification par image, est si insuffisante. Elle aplatit le rêve pour le faire entrer dans l'entrée. Les trois traditions s'accordent sur le point de base — les cauchemars signifient quelque chose — puis divergent sur la manière de le découvrir. Le désaccord est la position honnête, car les rêves résistent aux réponses faciles.
Le cauchemar dont vous vous êtes réveillé(e)
Vous avez l'ensemble précis d'images, la peur particulière et les détails exacts qui ont rendu ce rêve différent de tout autre. Les traditions ne peuvent pas vous dire à l'avance ce qu'il signifie, car aucune d'elles ne fonctionnait ainsi. Elles vous donnent des méthodes.
La méthode de Freud vous demande d'associer librement à partir des images du rêve, de laisser votre esprit vagabonder jusqu'à ce que quelque chose se mette en place. La méthode d'Artémidore vous demande de regarder votre métier et votre statut, de vous demander qui vous êtes dans le rêve et qui vous êtes en dehors. La méthode de la tradition d'Ibn Sirin vous demande de considérer votre propre état moral, et de tenir l'interprétation avec légèreté, comme une analogie plutôt qu'une certitude.
Ce que vous avez ressenti au réveil est une donnée. La terreur n'est pas une erreur dans votre système de sommeil. C'est une emphase, un trait souligné sous quelque chose. La figure qui vous poursuit, la chute qui ne finit jamais, les dents qui s'effritent dans votre bouche : chacun est un chiffre, et vous détenez la clé, même si vous n'avez pas encore trouvé la serrure.
Les traditions existent parce que les rêves sont difficiles. Elles n'offrent aucune garantie, seulement une manière d'aborder la difficulté sans prétendre qu'elle est simple. Ce que vous faites du cauchemar vous appartient, mais vous n'êtes pas le premier à vous réveiller d'un tel rêve et à vous demander ce qu'il signifiait.
Si les cauchemars sont fréquents, ou s'ils empiètent sur vos heures d'éveil, c'est le moment où un professionnel est la bonne adresse, pas un manuel des rêves. Des cauchemars persistants peuvent être le signe de quelque chose qui mérite une attention appropriée, et la rechercher n'est pas un échec d'interprétation. C'est une réponse raisonnable à un signal qui se répète.
Pour le cauchemar occasionnel, celui qui vous fait chercher à sept heures du matin, les traditions offrent le même conseil en trois dialectes différents : prêtez-y attention. Demandez-lui ce qu'il veut. Ne vous détournez pas.