Un rêve de grossesse n'annonce pas une grossesse. C'est la première chose à dire, parce que c'est la question que la plupart des gens posent réellement. Le rêve est une image, et ce qu'elle figure dépend de la méthode qu'on emploie. La tradition du ta'bir associée à Ibn Sirin lit un rêve de grossesse comme un accroissement, quelque chose qui prend forme et n'est pas encore visible. Artémidore demanderait qui rêve et quel est son métier. Freud demanderait ce que le rêve cache à la personne qui l'a fait. Trois réponses, un seul rêve.
La lecture d'Ibn Sirin : un accroissement, pas une annonce
Ibn Sirin est né à Bassora et mort en 728 de notre ère, un tabi'i resté dans la mémoire comme juriste et traditionniste. La tradition attachée à son nom traite l'interprétation comme une analogie, non comme une connaissance de l'invisible. Elle est conditionnelle, attentive à la morale, et claire sur le fait qu'une lecture reste une lecture.
Dans cette tradition, un rêve de grossesse appartient à la grande famille des symboles d'accroissement : un arbre qui porte fruit, un champ ensemencé, un édifice qui s'élève. Quelque chose est porté. Quelque chose prendra du temps. Le rêve ne dit pas ce qu'est ce quelque chose.
Cela compte pour la manière dont la tradition traite la question évidente. Elle ne promet pas que la personne qui rêve, ou quelqu'un près d'elle, est enceinte. Elle dit qu'une période de gestation a commencé. Un projet, une responsabilité, un changement dans un foyer. Si vous avez rêvé être enceinte et que vous ne l'êtes pas, la lecture ancienne n'est pas que votre corps a une nouvelle à vous annoncer. C'est que votre vie contient une forme qui n'a pas fini de se former.
Une condition que la tradition ne cesse de répéter : la situation de la personne qui rêve fait partie de la lecture. Un rêve de grossesse dans une maison où l'on attend un enfant se lit autrement que le même rêve chez quelqu'un qui essaie depuis des années, et autrement encore chez quelqu'un qui a décidé de ne pas essayer du tout.
Artémidore demanderait ce que vous faites toute la journée
Artémidore de Daldis a écrit l'*Oneirocritica* au IIe siècle de notre ère, en cinq livres. C'est le manuel de rêves le plus complet qui nous soit parvenu de l'Antiquité, et il ressemble davantage à des notes de terrain qu'à une mystique.
Son premier geste, toujours, est d'établir qui est le rêveur. Le sens d'un rêve dépend du métier, du statut, de la santé et des habitudes du rêveur. La même image signifie des choses différentes pour un marin et pour un magistrat. Il n'accepterait pas une réponse unique à « que signifie un rêve de grossesse », parce qu'il ne croyait pas qu'il y en eût une.
Il traçait aussi une ligne utile ici. Il séparait l'*oneiros*, le rêve porteur d'un sens sur ce qui va venir, de l'*enhypnion*, le rêve qui reflète seulement l'état présent du rêveur, comme lorsque quelqu'un qui a faim rêve de nourriture. Un rêve de grossesse la nuit suivant l'annonce d'une amie peut être un enhypnion. Un rêve de grossesse qui survient sans un tel déclencheur, et qui reste, est du genre qu'il prenait au sérieux.
Ses lectures du corps étaient souvent sociales plutôt que symboliques. Rêver d'accoucher, dans son cadre, concerne ce que le rêveur met au monde, ce qui n'est pas la même chose pour un paysan et pour un marchand.
Freud : le rêve est un déguisement, et la grossesse en est un bon
Die Traumdeutung paraît en 1900. La thèse de Freud est qu'un rêve est un souhait déguisé, avec un contenu manifeste à la surface et un contenu latent en dessous, assemblés par condensation, déplacement et révision secondaire. Il passe en revue les auteurs antérieurs au début du livre, Artémidore parmi eux, puis prend une autre direction.
Dans sa méthode, le rêve n'est pas un message sur l'avenir. C'est un message sur le rêveur, codé. Un rêve de grossesse, lu ainsi, a peu de chances de porter sur la grossesse au sens littéral. Il peut porter sur un souhait, une peur, ou une identification. Il peut porter sur le désir de quelque chose qui changerait votre vie de façon irréversible, ou sur l'angoisse de cette même chose.
Deux choses valent la peine d'être retenues de Freud, et une d'être écartée. Retenez l'idée que la lecture évidente d'un rêve est souvent la couverture d'une autre, moins confortable. Retenez l'attention à ce qu'un rêve évite de dire. Écartez la version de la culture populaire où tout objet arrondi est un symbole sexuel. Il était plus prudent que sa réputation.
Là où les trois traditions divergent
Les traditions ne convergent pas, et il vaut la peine de le dire clairement plutôt que de fabriquer une synthèse.
- Le temps. Artémidore et la tradition du ta'bir orientent le rêve vers ce qui va venir. Freud l'oriente vers ce qui est déjà là.
- La certitude. Artémidore propose des lectures et s'attend à se tromper parfois. La tradition du ta'bir dit explicitement que l'interprétation est une analogie, non une connaissance de l'invisible. Les premiers travaux de Freud revendiquent un peu plus que les derniers.
- Le contexte du rêveur. Artémidore le rend central. La tradition du ta'bir le rend central. Freud tend à rendre centrale l'histoire intérieure du rêveur à la place.
Un rêve de grossesse est l'image de quelque chose qui n'est pas encore visible. Ce sur quoi les traditions s'opposent, c'est de savoir si ce quelque chose est dans l'avenir, dans le foyer, ou dans la personne qui rêve.
Que faire du rêve que vous avez réellement fait
La question utile n'est pas « suis-je enceinte » mais « qu'est-ce qui, dans ma vie, prend du temps ». Un rêve de grossesse tend à arriver quand quelque chose est en cours qui ne peut être précipité et ne peut encore être montré à personne. Un travail. Une décision à moitié prise. Un changement dans une relation qui n'a pas encore été nommé.
Peut-être est-il venu la nuit suivant une échographie, ou la nuit où vous avez appris que quelqu'un d'autre attend un enfant, ou au milieu d'une année où vous construisez quelque chose sans en voir encore la forme. Ce détail, c'est la lecture. Pas le symbole seul, mais le symbole dans vos circonstances, comme Artémidore y insistait et comme la tradition du ta'bir le suppose.
Si le rêve se répète, et qu'il vous trouble, ou s'il s'accompagne de nuits de sommeil interrompu, c'est l'affaire d'un médecin ou d'un psychothérapeute plutôt que d'une interprétation. Les manuels de rêves sont faits pour le rêve, non pour la détresse.
Notez ce que vous avez vu avant de décider ce que cela signifiait. L'image avec laquelle vous vous êtes réveillé, et la semaine où elle est arrivée, sont les deux faits dont vous disposez. Tout le reste est commentaire.