Vous êtes au lit. Les détails de l'araignée sont encore là : son poids, la géométrie de la toile, si elle était immobile ou en mouvement. La signification que vous trouverez dépendra entièrement de la tradition que vous interrogez, car elles ne s'accordent pas sur ce à quoi sert une araignée.
Au IIe siècle de notre ère, Artémidore de Daldis a écrit l'*Oneirocritica*, un manuel en cinq livres qui est le texte onirique le plus complet conservé de l'Antiquité. Il ne traitait pas les rêves comme des messages codés envoyés à tout le monde de la même façon. Il les traitait comme situationnels. Une araignée signifiait une chose pour un tisserand et une autre pour un magistrat.
Artémidore : l'araignée comme fileuse, et le métier du rêveur
Pour Artémidore, l'importance de l'araignée résidait dans son travail : la toile, le fil, le piège patient. Il lisait les araignées selon ce que le rêveur faisait dans la vie. Pour un marin, une araignée pouvait renvoyer au gréement, aux cordages, à la manipulation des filins. Pour un tisserand, le même rêve appartenait au métier à tisser. Il n'aurait pas proposé une réponse unique, parce qu'il ne croyait pas qu'une réponse unique existât.
Il distinguait aussi l'*oneiros* de l'*enhypnion*. Un enhypnion est un rêve qui reflète simplement l'état présent du rêveur, comme rêver de nourriture quand on a faim. Un oneiros est un rêve qui porte un sens sur ce qui va advenir. Avant de lire une araignée comme un oneiros, il demanderait si vous aviez simplement passé la journée précédente dans une cave poussiéreuse, ou si une vraie araignée avait croisé votre chemin. Si oui, le rêve pouvait être un enhypnion, l'esprit rejouant la journée.
Le point d'Artémidore était que le même rêve signifie des choses différentes pour un marin et pour un magistrat.
Il voudrait connaître votre statut, votre santé, vos habitudes et votre travail avant de dire quoi que ce soit. L'araignée elle-même n'était pas le message. L'araignée était la matière que la vie du rêveur avait donnée au rêve pour qu'il travaille avec.
Ibn Sirin et la tradition du ta'bir : l'araignée et la toile de la tromperie
La tradition associée à Ibn Sirin, le juriste et traditionniste de Bassora mort en 728 de notre ère, lit les araignées différemment. Dans le ta'bir, la tradition islamique d'interprétation des rêves, l'araignée est souvent associée à la tromperie, à celui qui tisse des intrigues, à quelque chose ourdi en secret. La toile est une structure construite pour prendre au piège l'inattentif. L'araignée en son centre est patiente et cachée.
Il importe d'être précis ici. Beaucoup d'ouvrages circulant sous le nom d'Ibn Sirin ont été compilés longtemps après sa mort, il est donc plus prudent de dire « la tradition associée à Ibn Sirin » que d'attribuer chaque lecture directement à lui. Ce que la tradition soutient, en revanche, c'est constamment que l'interprétation est une analogie et non une connaissance de l'invisible. Un interprète de rêves dans cette tradition ne prétend pas savoir ce qui va se produire. Il établit un parallèle entre le rêve et la situation morale ou sociale du rêveur, et le fait avec prudence.
Appliquée à une araignée, cette prudence compte. Le rêve n'est pas un avertissement que quelqu'un vous trompe. C'est une invitation à considérer où, dans votre vie, quelque chose se tisse silencieusement, et si les fils sont les vôtres.
Freud : l'araignée comme désir déguisé
Freud a écrit Die Traumdeutung en 1900. Sa méthode était interprétative et tournée vers le passé. Il ne cherchait pas à prédire l'avenir. Il cherchait à mettre au jour le contenu latent caché sous le contenu manifeste, le rêve tel qu'on s'en souvient.
Dans la machinerie freudienne, l'araignée importe moins que la toile. La condensation rassemble plusieurs significations dans une seule image. Le déplacement transfère la charge émotionnelle de quelque chose de menaçant vers quelque chose de gérable. Un rêve d'araignée, pour Freud, pouvait condenser une peur de l'enchevêtrement, le souvenir d'une pièce particulière et un désir refoulé hors de la conscience. L'araignée n'est pas la réponse. L'araignée est le nœud où plusieurs réponses ont été attachées ensemble.
Il discute d'Artémidore dans la revue des auteurs antérieurs qui ouvre Die Traumdeutung, traitant le manuel ancien comme une préhistoire de sa propre méthode. Il n'a pas adopté l'approche situationnelle d'Artémidore. Freud cherchait des mécanismes universels, non des lectures liées à un métier. Là où Artémidore demanderait ce que vous faites dans la vie, Freud demanderait ce que vous cherchez à ne pas dire.
Ce que révèle le désaccord
Ces trois traditions ne s'accordent pas, et c'est précisément l'intérêt. Artémidore lit l'araignée à travers le rôle social du rêveur. La tradition d'Ibn Sirin la lit par analogie morale, avec un refus explicite de prétendre à la certitude. Freud la lit comme le déguisement de quelque chose que le rêveur a refoulé.
Le désaccord n'est pas un échec de l'interprétation. C'est le signe qu'une question différente est posée au rêve chaque fois. Artémidore demande : que signifie ce symbole pour une personne dans votre position ? La tradition d'Ibn Sirin demande : quel parallèle cette image suggère-t-elle pour votre conduite ? Freud demande : que cache cette image ?
Aucun d'eux ne promet de vous dire ce qui va se produire. Tous trois traitent l'araignée comme un point de départ, non comme un verdict.
Que faire de l'araignée que vous avez réellement rêvée
Le rêve avec lequel vous vous êtes réveillé avait des détails précis. La taille de l'araignée. Si elle était sur vous ou à l'autre bout de la pièce. Si la toile était intacte ou rompue. Si vous aviez peur ou si vous étiez calme.
Ces détails sont la substance du rêve. Artémidore commencerait par votre travail et vos circonstances. La tradition d'Ibn Sirin commencerait par la texture morale de l'image, et refuserait de vous donner une réponse figée. Freud commencerait par ce que vous préféreriez ne pas regarder.
Commencez par le détail qui vous est resté. C'est là que l'interprétation commence, et c'est la seule part de tout cela qui vous appartienne plutôt qu'aux traditions.